Méditation quotidienne du samedi 4 mai : Le monde nous appartient (No 230 – série 2023-2024)

Évangile du samedi 4 mai 5e semaine de Pâques (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde » Jn 15, 18-21

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous. Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : un serviteur n’est pas plus grand que son maître. Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l’on a gardé ma parole, on gardera aussi la vôtre. Les gens vous traiteront ainsi à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas Celui qui m’a envoyé. »

Méditation

La Parole de ce matin s’entremêle avec ma réflexion récente sur le trauma : la blessure ardente et subie dans toute son imprévisibilité, dans toute mon impuissance. Le trauma vécu traverse toute histoire humaine, la grande comme la petite. Il s’agit essentiellement d’une expérience stressante non absorbée, dépassant les capacités de la personne, pouvant être porteuse d’une intention de destruction ou non. Dans tous les cas, le trauma ébranlera voire anéantira les croyances fondamentales intuitionnées puis inculquées depuis l’enfance, à savoir que le monde est bon, le monde est juste, le monde est cohérent et que le monde reconnaît ma propre valeur et la dignité de toute personne humaine (R. Janoff-Bulman, 1992).

Depuis les camps d’extermination jusqu’à l’abus sexuel incestueux, le trauma est la confrontation au réel. Nous sommes comme l’oiseau qui heurte de plein fouet une fenêtre. Le faux système de salut minutieusement élaboré pour se protéger des blessures tectoniques, s’échafaude en dialogue avec ces croyances fondamentales. Un dialogue qui leur donne densité et transparence, comme une fenêtre sur un monde insaisissable auquel j’appartiendrais. Une signifiance puisée dans la toute-puissance de ce monde, qui nous révèle sa vérité dans sa justice fabriquée et dans sa cohérence bricolée : Dans la vie, nous avons ce que nous méritons. Une vérité aussi faussée que tenace. De là proviennent la bonté, la justice et la cohérence de ce monde auxquelles nous donnons foi, auxquelles, nous remettons notre valeur. C’est ainsi que nous sommes possédés par le monde et que nous reproduisons cette attribution par le goût immodéré du systémique et du mesuré. Exigences élevées, choix égocentrés pour se protéger, valeur propre captive du regard de l’autre, défense éreintante de son existence. Ma valeur est mesurée en regard des critères de ce monde. Et je dois, seule, persévérer en mon être pour la préserver.

Le trauma est une fissure dans le faux système de salut, il est brèche béante dans les fausses croyances, il est l’occasion inespérée de renaître hors de la pensée systémique, hors de ce monde qui me possède. La bonté, la justice, la cohérence et la dignité sont fondamentales mais elles sont d’abord croyances de Dieu en nous pour bâtir le Royaume. Elles ne sont pas la propriété de ce monde, pas plus que nous n’appartenons à ce monde. Avons-nous réalisé que nous sommes co-créateurs de ce monde ouvragé par Dieu ? Travaillons-nous, dans le monde, à faire œuvre de bonté, justice, cohérence et dignité. Nous n’appartenons pas au croire, nous sommes dans l’être, nous sommes la foi du Dieu vivant.

Malgré son caractère sismique, le trauma est une rencontre inédite, une fenêtre ouverte qui donne à voir la puissance divine au cœur de la vulnérabilité. Une puissance divine qui nous est accordée car seule la victime peut réhumaniser le monstrueux, peut accueillir la miséricorde, peut cesser le cycle de la violence et de l’absurdité par le pardon et la paix. En recentrant le fondement de sa croyance dans l’Amour christique qui nous habite, je n’appartiens plus à ce monde mais je suis signe d’espérance et de croissance en ce monde. En contemplant la croix et le calvaire qui donnent sens et puissance de résurrection, l’Amour cloué, traumatisé et honni nous console. C’est inouï mais c’est ainsi : il nous a choisis en nous prenant dans le monde pour que nous portions la foi du Père pour le monde.

Barbara Martel (bmartel@lepelerin.org)

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