No 195 – série 2024-2025
Évangile du samedi 5 avril – 4e semaine de Carême
Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions
Est-ce de Galilée que vient le Christ ? (Jn 7, 40-53)
En ce temps-là, Jésus enseignait au temple de Jérusalem. Dans la foule, on avait entendu ses paroles, et les uns disaient : « C’est vraiment lui, le Prophète annoncé ! » D’autres disaient : « C’est lui le Christ ! » Mais d’autres encore demandaient : « Le Christ peut-il venir de Galilée ? L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? » C’est ainsi que la foule se divisa à cause de lui. Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui. Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? » Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ? Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! »
Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit : « Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? » Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée ! » Puis ils s’en allèrent chacun chez soi.
Méditation – La foi qui sauve !
Il y a plusieurs années, je travaillais au Centre de pastorale spécialisée qui offrait un programme collégial de formation en Intervention pastorale. Ce programme avait formé, pendant des années, la plupart des intervenants pastoraux dans les paroisses du Québec. Plusieurs ont voulu continuer à l’université par la suite ou ont dû travailler en pastorale avec des gens qui avaient des maîtrises ou, plus rarement, des doctorats universitaires. Un commentaire qui revenait était qu’à l’université ils avaient presque perdu la foi.
Pourquoi cette anecdote au départ ? Simplement parce que c’est le sujet de cet Évangile. D’un côté, il y a ces personnes qui, par l’enseignement de Jésus, par ses paroles, croient. Et, de l’autre, ces pharisiens qui, orgueilleux de leur savoir, ne peuvent plus croire. En fait, leur savoir est plus utilisé comme un signe de leur supériorité : « Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? », sous-entendant « faut-il être si naïf pour croire en ce Jésus ». Ce savoir les conduit à juger et à dénigrer les gens qui croient en les appelant des « maudits », et ce, en les accusant de leur manque de connaissance de la Loi.
En fait, il y a une différence fondamentale entre ce savoir ou cette connaissance, avec deux « n », des pharisiens et la foi ou cette co-naissance avec un « n » de ces pauvres. Cette réalité est plus courante que nous le croyons, car ce savoir intellectuel s’érige en barrière en nous contre une foi qui est alors jugée comme irrationnelle. Nous en venons plus à fonder notre vie sur une image de Dieu bâtie avec notre savoir que sur la foi qui naît d’une rencontre avec le Dieu vivant et qui conduit à une réelle co-naissance.
Il est triste d’ailleurs de voir dans l’Église des autorités qui ne croient plus en Dieu mais qui savent. Et les homélies qu’ils font à la messe relèvent de ce savoir et non d’un Christ qu’ils ont rencontré, auquel ils croient et qui a transformé leurs vies. Cette parole qu’ils disent n’a plus d’ancrage alors dans la Parole auquel, fondamentalement, ils sont appelés à croire. Cette église qui vit dans sa tête n’a ni une parole qui attire ni une parole qui convertit, car elle ne permet plus au Fils de naître dans les personnes pour qu’elles puissent naître en Lui. Cette fausse église juge les autres, car elle ne sait plus entendre la Parole de Dieu qui se dit en chaque personne. C’est ce que rappelle Nicodème à ses confrères pharisiens : « Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre ». Mais qu’arrive-t-il si nous devenons sourds ?
Marie Balmary rappelle : « L’arbre interdit à manger était l’arbre du « connaître bon et mauvais ». Si j’accepte de ne pas connaître l’autre, je vais entrer avec lui dans la relation « croire » et non pas « savoir ». Cette inconnaissance est heureuse. C’est lorsque je ne sais pas l’autre que je peux le croire; et lorsque je crois que « lui seul peut dire lui » que la « parole », que le bonheur est possible…»[1]
Dans un monde où le « savoir » est tout-puissant, il ne faut donc pas se surprendre que le « croire » se perd : le croire en Dieu, en l’humain, en soi-même et en la création. Notre prétendu « savoir » érigé en fausse religion nous empêche d’entendre la P(p)arole, celle qui se dit et se révèle en chaque être. C’est ce « savoir » qui maudit les gens en les jetant dans un enfer où est refusée cette foi en la Parole qui, seule, est chemin de bonheur.
Retrouvons, pour le salut de monde, le chemin de la foi, de la relation, où, mutuellement, nous croyons en l’A(a)utre et où nous nous laissons atteindre par la Parole de Dieu qu’est et que porte le frère ou la sœur. Que notre chemin de Carême en soit un de foi !
Stéfan Thériault – stheriault@lepelerin.org
[1] Marie Balmary, Ce lieu que nous ne connaissons pas, À la recherche du Royaume, Éditions Albin Michel, 2024, p.68.

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