No 192 – série 2024-2025
Évangile du mercredi 2 avril – 4e semaine de Carême
Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions
« Comme le Père relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut » (Jn 5, 17-30)
En ce temps-là, après avoir guéri le paralysé un jour de sabbat, Jésus déclara aux Juifs : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » C’est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement il ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu.
Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore, si bien que vous serez dans l’étonnement. Comme le Père, en effet, relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils, lui aussi, fait vivre qui il veut. Car le Père ne juge personne : il a donné au Fils tout pouvoir pour juger, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui ne rend pas honneur au Fils ne rend pas non plus honneur au Père, qui l’a envoyé.
Amen, amen, je vous le dis : qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie.
Amen, amen, je vous le dis : l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père, en effet, a la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir, lui aussi, la vie en lui-même ; et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme. Ne soyez pas étonnés ; l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix ; alors, ceux qui ont fait le bien sortiront pour ressusciter et vivre, ceux qui ont fait le mal, pour ressusciter et être jugés.
Moi, je ne peux rien faire de moi-même ; je rends mon jugement d’après ce que j’entends, et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas à faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. »
Méditation – Le carême : un temps Père-Fils à contempler et à vivre !
Sur le chemin du carême qui nous conduit à Pâques, nous sommes aujourd’hui conviés à faire escale pour contempler le « Mystère de Dieu » à l’œuvre en nous et autour de nous, quel qu’en soit le tumulte. Jésus nous invite à « prendre position », à nous repositionner sans cesse en un « sabbat du cœur » (s. Augustin), afin de nous disposer, sous Le Regard miséricordieux du Père, à entendre et écouter sa voix, à croire et voir son agir, bien que n’agissant pas de lui-même mais en Dieu qui donne Vie jusqu’à en ressusciter (cf. Jn 5, 19).
Il ne s’agit pas tant pour nous de « faire » quoi que ce soit que de « Le laisser faire », Le laisser nous aimer jusqu’à en être infiniment fécondés et transformés. « Nous sommes à ce moment du carême, rappelle Jean-Luc Fabre, où l’effort de conversion, de la recherche du bien se tourne vers la contemplation du Seigneur, la manière dont le Christ Jésus reçoit sa vie, la donne. […] La véritable vie est relation avec ce mystère qui se donne […] il s’agit d’entrer dans ce mouvement du Fils et du Père qui se donnent. Laisser cette vie véritable irriguer notre propre existence […] Et ainsi marcher vers elles et leur pleine signification dans le Mystère pascal[1] ».
Ainsi, bien au-delà de tous les efforts déployés, tant bien que mal, pour réussir dans la vie, pour réussir notre vie, voire même pour « nous » réussir nous-mêmes personnellement, il importe avant tout de laisser Dieu, Lui, « nous réussir », Lui qui se révèle en nous révélant à nous-mêmes dans la profondeur de notre humanité au sein de la « vraie » Vie qui est Amour partagé par le Fils dans la communion de l’Esprit. « Je t’ai façonné, établi », prophétise Isaïe (49, 8). N’entends-tu pas au fond de toi cette déterminante interpellation à demeurer immobile là où parfois ou souvent, selon le cas, tu t’y surprends agité ? Non pas toutefois une immobilité stérile, quand bien même « espérante », dont Jésus a relevé le paralytique un jour de sabbat et qui lui valut les foudres de ses détracteurs (Jn 5, 18), mais une immobilité spirituelle, intime et féconde, tout amoureusement attentionnée au Père qui, saintement, s’immisce dans le cœur consentant du fils ou de la fille que tu es, toi qui Le cherches « comme un cerf altéré cherche l’eau vive » (Ps 41 (42); 42 (43), 2).
Auras-tu la patience de cheminer dans son attente et de t’y attendre toi-même selon le temps qui sied à sa divine Volonté, de laisser respirer Sa Voix en tes questions, « l’humilité de te taire jusqu’à ce que le silence te réponde ?[2] » Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour le Père pour qui le présent est toujours « justement » le bon moment. Qu’importe qu’il soit minuit moins cinq ou minuit et cinq, Il dispose de l’éternité et la déroule devant nous en Jésus-Christ par la puissance de l’Esprit. À Cana, il était trop tard et pourtant le vin a coulé (Jn 2, 1-12); il était logiquement trop tard pour les ouvriers de la dernière heure et pourtant ils ont reçu tout autant que les premiers (Mt 20, 1-16); il était trop tard pour Marthe et Marie et pourtant Lazare est sorti du tombeau (Jn 11, 1-43); il était trop tard pour le bon Larron mourant et pourtant il fut le premier « canonisé » par Jésus lui-même (Lc 23, 39-43); il était trop tard le Vendredi Saint et pourtant a surgi le Dimanche de Pâques. « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre […] Amen, amen, je vous le dis : qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et […] déjà il passe de la mort à la vie […]; l’heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix; […] sortiront pour ressusciter et vivre » (Jn 5, 17. 24-25).
Le Père vient de toute éternité à notre rencontre en Jésus-Christ de manière suffisamment voilée dans son altérité mystérieuse pour ne pas s’imposer et respecter notre liberté, mais suffisamment dévoilée pour s’offrir à notre contemplation et, de là, nous faire reposer en son Amour puis nous combler infiniment de sa Vie surabondante. La porte du cœur de Dieu s’ouvre toujours bienveillamment à la largeur du regard de notre foi consentie dans la contemplation et dans sa mise en action au cœur de notre vie. Mais, la Bonne Nouvelle est qu’en Jésus-Christ, au fil du temps qui fait son petit bonhomme de chemin, la dilatation de cette foi du cœur filial est susceptible de « co-rrespondre » aux dimensions démesurées de la Communion divine et d’y participer. C’est, en fait, dans ce libre accueil du don de sa V(v)ie ou son refus de notre part que s’exerce et s’accomplit le jugement Miséricordieux du Père. Ce Père s’offre de tout temps, via l’aîné de tous ses enfants, à soutenir « tous ceux qui tombent » et à redresser « tous les accablés » (Ps 144 (145),14), parce qu’Il est « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour », sa bonté « est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres » (Ps 144 (145), 8-9). « Le Christ est un juge divin avec un cœur humain, un juge qui désire donner la vie.
Rien que l’entêtement impénitent dans le mal peut l’empêcher de faire ce cadeau, par lequel Il ne douta pas à affronter la mort » (s. Jean-Paul II). En contemplant Notre Père dans la communion du Fils et de l’Esprit, et en y étant fait intime participant par la filialité de notre foi, puissions-nous l’aimer jusqu’à Lui faire don de notre pauvreté et, par notre libre consentement, Lui laisser convertir notre manque blessé en don partagé dans la plénitude de l’Amour et de la Vie qui ne passent jamais. Puisse l’humble pauvreté de ces mots laisser suffisamment place à la grâce du silence contemplatif ne manquant toutefois pas d’y ouvrir la voie, pour qu’à travers eux et dans leur intertextualité, nous puissions non seulement croire en Dieu mais « vivre Dieu[3] » dans la communion au Fils, notre Frère aîné. Bref, « faire carême » en tant que fils et filles du Père, c’est aussi, sinon plus, contempler et goûter ce temps Père-Fils et entrer filialement dans leur divine danse, c’est le Fils qui le dit, Lui qui souffle mots !
Bénédiction et union de prière !
Dany Charland – danycharland173@gmail.com
[1]Jean-Luc Fabre, « Ce qui fait bouger l’homme : la révélation de l’amour réciproque au sein de Dieu… », [En ligne] https://jardinierdedieu.fr/jean-5-17-30.html (page consultée le 25 mars 2025).
[2] Nicole Bordeleau, Tout passe. Comment vivre les changements avec sérénité, Montréal, Gallimard-Édito, 2020, p. 24.
[3] Du titre du livre de Maurice Zundel, Vivre Dieu. L’art et la joie de croire, Paris, Presses de la Renaissance, Paris, 2007, 286 p.

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