Méditation quotidienne du mardi 7 mai : « Puisque tu pars » : loin des yeux, mais toujours près du cœur (No 233 – série 2023-2024)

Évangile du mardi 7 mai 6e semaine de Pâques (tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions)

« Si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous » Jn 16, 5-11

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : “Où vas-tu ?” Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. Quand il viendra, il établira la culpabilité du monde en matière de péché, de justice et de jugement. En matière de péché, puisqu’on ne croit pas en moi. En matière de justice, puisque je m’en vais auprès du Père, et que vous ne me verrez plus. En matière de jugement, puisque déjà le prince de ce monde est jugé. »

Méditation

Frères et sœurs dans le Christ, le Temps Pascal qui s’écoule nous engage dans une dynamique de transition qui nous fait évoluer, au cœur profond de notre vie, de la célébration de la Pâques à l’effusion de l’Esprit de la Pentecôte, Or, il ne s’agit pas là d’un simple trait d’esprit, mais littéralement d’un a(A)gir de l’Esprit en nous. En effet, nous retrouvons aujourd’hui Jésus annonçant, accompagnant et soignant la transition qui se pointe à l’horizon pour lui et ses disciples d’hier comme d’aujourd’hui. Il réitère ce qu’il avait précédemment évoqué : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain qui est tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. (Jn 12, 24) […] Mais, parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur. Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur [Paraclet] ne viendra pas à vous; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 6-7). Jésus nomme la réalité centrale du départ inhérent et imminent à toute v(V)ie, comme fin et commencement concomitants, sise au fondement de la dynamique de transition que lui est ses disciples d’hier et d’aujourd’hui s’apprêtent à vivre. « Toute transition débute par la fin de quelque chose et se termine par le commencement de quelque chose[1] », rappelle Jean-Luc Hétu. Entre les deux, la plupart du temps, le cœur balance au rythme d’une désorientation au sein de laquelle il importe de pouvoir exprimer, auprès d’un vis-à-vis accompagnateur, la perte (désappropriation) qui passe derrière nous, chargée de moult réactions associées : tristesse, stress, dépaysement, colère, frustration, ambivalence, peur du lendemain, etc, afin de pouvoir accueillir le renouveau de v(V)ie qui se profile (réappropriation). C’est ce difficile « qui perd, gagne » intégrateur que Jésus accompagne aujourd’hui en guise de Bonne Nouvelle, rassurant les disciples d’hier comme d’aujourd’hui qu’ils ne demeureront nullement en reste, ni laissés à eux-mêmes, isolés et confrontés à leurs démons d’incrédulité du monde intérieur comme du monde extérieur. Il promet d’envoyer le Paraclet (paraklètos dans le texte grec), le Consolateur-Défenseur « appelé près d’eux, à leur côté » et qui se fera « l’Accompagnateur éternellement Présent » pour les défendre et les aider (gr. passif de parakaléo, lat. ad-vocatus). Or, la première lecture du jour en fait foi : Paul et Silas, priant et chantant les louanges de Dieu dans la foi, la charité et l’espérance, « voient » la porte de leur prison s’ouvrir gracieusement, événement qui se solde, au surplus, par une conversion, un baptême dans une joie de croire, joie de vivre[2] féconde pour tous, « ex-prisonniers » comme « geôlier » avec sa maisonnée (cf. Ac 16, 22-34). Le Paraclet spirituellement envoyé est ainsi « re(s)-suscite »une Présence Autre qui Souffle la Justice Miséricordieuse de Dieu sur la justice de l’homme l’invitant à être « juste » ce que Dieu veut qu’il soit, c’est-à-dire à être dans l’Alliance grâce à une vie conforme à volonté divine. Or, cette Volonté de Dieu en Jésus-Christ par l’Esprit, c’est justement le désir de Dieu en soi[3], un désir de vie qui entraîne à ce « que tu choisisses toi-même – au terme d’une réflexion loyale, libérée de l’égoïsme comme de la peur – la manière la plus féconde, la plus heureuse de réaliser ta vie. Compte tenu de ce que tu es, de ton passé, de ton histoire, des rencontres que tu as faites […] Ce que Dieu attend de toi, […] c’est que tu inventes aujourd’hui ta réponse à sa présence et à son appel [… et] de faire [ainsi] naître une fidélité [à une espérance]. L’expérience montre que c’est un changement de perspective assez radical et qu’il demande souvent du temps[4] », le temps justement d’une transition transfiguratrice. D’ailleurs, notre vie soufflée par l’Esprit ne se déploie-t-elle pas au fil d’une série de transitions revêtant mille visages : tombé en amour et union ou rupture amoureuse, accueil d’un enfant, changement de carrière ou d’emploi, perte d’emploi, promotion, achat/vente d’une propriété, départ du nid familial, retraite, maladie ou accident, mort et deuil d’un être cher, etc. ? Ces transitions ne se succèdent-elles pas les unes après les autres, appelant divinement à laisser aller une part pour renaître davantage à la vie, à nous-mêmes et à l’a(A)utre, ultimement à/en Dieu, sous un nouveau jour ? Mais, qu’il est difficile de laisser aller sans s’agripper. Tout comme les disciples d’hier vis-à-vis le départ de Jésus, que nous le voulions ou non, nous nous trouvons un jour ou l’autre et tant bien que mal en transition psycho-spirituelle et corporelle liée à notre condition humaine inachevée, transitoirement « déplacés » au cœur de cette expérience dont Jean-Jacques Goldman fait écho dans sa chanson « Puisque tu pars » : « Puisque l’ombre gagne. Puisqu’il n’est pas de montagne, au-delà des vents, plus haute que les marches de l’oubli. Puisqu’il faut apprendre à défaut de le comprendre. À rêver nos désirs et vivre des “ ainsi soit-il ” […] Puisque c’est ailleurs, qu’ira mieux battre ton cœur. Et puisque nous t’aimons trop pour te retenir. […] Mais que tu restes le même. Si tu te trahissais nous t’aurions tout à fait perdu. Garde cette chance que nous t’envions en silence. Cette force de penser que le plus beau reste à venir. […] Sache qu’ici reste de toi comme une empreinte indélébile. […] J’aurais pu fermer. Oublier toutes ces portes. Tout quitter sur un simple geste mais tu ne l’as pas fait. […] Dans ton histoire. Garde en mémoire. Notre au revoir. Puisque tu pars… » Jésus, Parfait Accompagnateur en Esprit, vient nous apprendre au quotidien de nos jours à quitter, en perpétuels apprentis de son Esprit, pour mieux nous intérioriser et nous retrouver intégralement dans une communion constamment renouvelée, afin d’advenir pleinement à notre identité filiale et à la plénitude de la relation à l’a(A)utre dans la Joie durable et parfaite, cette « plénitude du sentiment d’exister[5] ». « Demeurez en mon amour […] Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète (Jn 15, 9.11), […] l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière […] c’est de mon bien qu’il reçoit et qu’il vous le dévoilera » (Jn 16, 13.15). Ainsi, cette promesse du Souffle de l’Esprit reconnue dans la foi – « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta maison », professée par Paul et Silas à leur ex-geôlier (Ac 16, 31) – fait « passer des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9) au cœur de nos transitions promises à la joie, à la paix et à la justice tant espérées. Puissions-nous sortir perpétuellement grandis, plein de Vie et de Joie, de nos transitions soufflées par l’Esprit du Ressuscité, et devenir pour les autres ce qu’Il est pour soi, « cospirateurs de l’Esprit » accompagnant le cheminement de transition de nos frères et sœurs dans la communion du Dieu son/notre Père en Son Esprit Sanctificateur qui est, en vérité, Maître d’œuvre de foi, de charité et d’espérance. Puissions-nous vivre cette grâce transitionnelle d’accueillir et de prendre Son Souffle, afin de vivre en professant nous aussi haut et fort, dans la prière confiante et dans la louange de Dieu, cette célèbre citation de Victor Hugo : « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es [maintenant] partout là où je suis ». Croire, c’est vivre encore !

Bénédiction et union de prière !

Dany Charland


[1] Jean-Luc Hétu, « La dynamique de transitions – enjeux pour l’accompagnement », texte complémentaire 04, La relation d’aide. Éléments de base et guide de perfectionnement, 6e édition, Montréal, Chenelière Éducation, 2014, p. 1.

[2] Expression consacrée et tirée du titre de l’ouvrage bien connu de François Varillon, édité pour la première fois en 1981, puis réédité à de multiples reprises par la suite.

[3] Expression inspirée de la réflexion de Simone Pacot.

[4] Michel Rondet, « Dieu a-t-il sur chacun une volonté particulière ? », Christus, Hors-série : « L’accompagnement spirituel », no 274, mai 2022, pp. 221-222.

[5] Expression significative de Lytta Basset dans La joie imprenable, Coll. « Lieux Théologiques », 30, Labor et Fides, 1996, p. 23; p. 319.

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