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Ouvrir au Signe de sa Présence – Méditation du lundi 17 février 2025

No 148 – série 2024-2025

Évangile du lundi 17 février 6e semaine du temps ordinaire

Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions

« Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? » (Mc 8, 11-13)

En ce temps-là, les pharisiens survinrent et se mirent à discuter avec Jésus ; pour le mettre à l’épreuve, ils cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel. Jésus soupira au plus profond de lui-même et dit : « Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? Amen, je vous le déclare : aucun signe ne sera donné à cette génération. » Puis il les quitta, remonta en barque, et il partit vers l’autre rive.

Méditation – Ouvrir au Signe de sa Présence

“Jésus de Nazareth, parole sans fin en ton petit nom,
caresse infinie dans ta main d’ouvrier,
pardon du Père dans les rues sans liturgie,
Seigneur tout-puissant dans des sandales sans terres,
point culminant de l’histoire grandissant jour après jour,
frère sans frontières dans une géographie réduite.
Tu n’es pas une majuscule qui n’entre pas dans la bouche des plus petits,
mais un pain devenu miettes entre les doigts du Père pour tous les simples.”

J’avais récemment prié ces lignes d’un poème-psaume intitulé “Jésus”[1] lorsque je me suis mise à méditer le passage de l’Evangile de ce matin. Le contraste entre la “largesse” et le “mouvement” qui se respirent dans les mots du poète (un prêtre jésuite espagnol longtemps missionnaire en Amérique centrale) et l’étroitesse oppressante dans laquelle les pharisiens cherchent à enfermer Jésus m’a tellement frappée que je vous le partage (ici les deux premières strophes, la suite en fin de méditation).

Quelle façon d’entrer en contact avec Jésus si diamétralement opposée. Le poète quand il est un priant entre sur la pointe des pieds dans le mystère qu’il désire découvrir et appréhender. Il se laisse toucher par ce qui l’étonne, il balbutie et tisse humblement, avec des mots de la terre, ce que son cœur a saisi – quasi immédiatement – dans la lumière d’un tel regard posé sur lui, le regard de Jésus. Quant à la manière qu’ont les pharisiens d’entrer en contact avec Jésus – tel que l’Évangile de Marc nous le décrit aujourd’hui en employant quatre verbes – elle laisse sourdre une violence semi cachée, une exigence à peine voilée. Les verbes utilisés par Marc sont très évocateurs : « (les pharisiens) survinrent et se mirent à discuter avec Jésus ; pour le mettre à l’épreuve, ils cherchaient à obtenir de lui … »

Le verbe ‘survenir’ (« survinrent ») évoque l’arrivée brusque, à l’improviste, de ces hommes devant Jésus. Ils s’approchent soudainement et se mettent à discuter avec Lui. Le verbe « discuter » a plusieurs sens. Il peut signifier tout simplement ‘s’entretenir avec quelqu’un, parler avec lui’ ; mais il a aussi une connotation de ‘contestation’, de ‘désaccord’ ou même celle de ‘parler avec quelqu’un pour obtenir quelque chose de lui’. Vu les deux autres verbes utilisés pour décrire l’attitude des pharisiens – « pour le mettre à l’épreuve, ils cherchaient à obtenir de lui » – on saisit que leur approche de Jésus ce jour-là est loin de celle du dialogue. Elle n’est pas dans la gratuité d’accueil de son mystère – comme le poète – mais au contraire dans la ‘mise à l’épreuve’.

« Ils cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel. »Un signe venant du ciel ? Mais si devant leurs yeux vient à peine d’être manifesté le signe de la multiplication des pains pour la deuxième fois ! (Evangile que nous avons médité samedi). Alors nous dit le texte – et c’est peut-être le message essentiel pour aujourd’hui – : « Jésus soupira au plus profond de lui-même et dit : « Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? » La Bible de Jérusalem traduit : « Jésus, gémissant en son esprit ». En grec, en effet, le verbe utilisé a ces deux sens : ‘soupirer’ et ‘gémir’ – qui est un soupir un peu plus sonore -.

Jésus, pleinement humain, tellement semblable à nous, exprime par ce soupir ou gémissement toute la souffrance qu’Il ressent face à la fermeture de cœur de ces hommes qui refusent d’accueillir ce qui pourtant leur a déjà été donné. Ils attendent et veulent obtenir un signe du ciel, or LE signe c’est précisément Lui-même, Jésus là devant eux!! Le Fils qui est “descendu du ciel”[2] pour s’incarner, être dans son humanité SIGNE de l’Amour du ciel, transparence du Visage du Père.

Alors, oui, je comprends le soupir si profond de Jésus, son exaspération … Cela l’attriste profondément, mais Il est malgré tout capable de leur répondre pacifiquement. « Amen, je vous le déclare : aucun signe ne sera donné à cette génération. » Si vous êtes de cette génération d’humains qui volontairement refusent ce qui leur a déjà été donné et manifesté, alors, aucun autre signe ne vous sera donné.

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. » (prologue de Saint Jean 1,9-12) Le mystère de l’incarnation – un Dieu qui a pris chair et s’est fait homme – reste la ‘pierre d’achoppement’ pour ceux qui refusent d’« entrer par la porte étroite, par le chemin resserré qui conduit à la vie. » (Mt 7,13-14), de se recevoir comme ‘enfant de Dieu’ et recevoir le don de la Vie de Dieu faite chair avec un cœur d’enfant. « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » (Mc 10,15).

Souvent dans l’Evangile, le Seigneur a dit – en reprenant les mots du prophète Isaïe (Is 6,10[3]) – « Ils auront beau regarder de tous leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon. » (Mc 4,12). Dans le passage que nous méditerons demain, c’est même à ses disciples qu’Il adresse cette triste constatation : « Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! » (Mc 8,18).

Or notre Dieu, Lui, a une oreille si fine qu’Il sait écouter le gémissement de l’homme, les soupirs les plus profonds qui nous habitent. « Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s’est penché ; du ciel, il regarde la terre pour entendre le soupir des captifs » (Ps. 101,20-21). « Mes yeux sont rongés de chagrin ; j’ai vieilli parmi tant d’adversaires ! Loin de moi, vous tous, malfaisants, car le Seigneur entend mes sanglots ! Le Seigneur accueille ma demande, le Seigneur entend ma prière. » (Ps. 6,8-10). « Seigneur, tout mon désir est devant toi, et rien de ma plainte ne t’échappe. » (Ps. 37,10)

Son regard est tellement attentif et vigilant parce qu’Il ne peut qu’aimer, que même la plus petite larme qui brille au bord d’une paupière ne Lui échappe pas. « Mais tu as vu : tu regardes le mal et la souffrance, tu les prends dans ta main » (Ps. 9B,14). « Toi qui comptes mes pas vagabonds, recueille en tes outres mes larmes » (Ps. 55,9). Cela m’a touchée depuis toujours de lire dans les psaumes combien Dieu est à ce point sensible. Car, ô combien faut-il être à l’écoute pour discerner un soupir qui s’échappe d’un cœur en tourment…

Alors, pour nous l’appel de ce matin, ne sera-t-il pas d’ouvrir nos yeux et nos oreilles – comme le poète – au Signe de sa Présence déjà donnée et qui s’incarnera certainement dans tant et tant de petits signes au long de la journée? L’appel ne sera-t-il pas de communier au long du jour à son Cœur si attentif et vigilant ?

Alors, comme le dit le poète, Jésus « Tu continues d’être l’eau de la vie,
une source inépuisable dans le sac à dos usé de celui qui cherche son avenir,
un lac bleu dans le creux insomniaque de l’oreiller,
et une mer tellement immense qu’elle ne peut tenir
qu’à l’intérieur d’un cœur sans portes ni fenêtres.

En toi tout est dit, même si seulement
gorgée par gorgée nous buvons ton mystère.

En toi, nous sommes tous là, même si c’est seulement
prénom par prénom que nous devenons ton Corps.
En toi, tout est ressuscité même si ce n’est que
mort à mort, que nous accueillons ton avenir.
Et en chacun de nous tu continues de grandir aujourd’hui
jusqu’à ce que chaque nom, race, argile, credo, culmine ta stature. »

Laurence Vasseur – vasseurlaurence@hotmail.com


[1] Benjamín González Buelta S.J., Psaumes pour “sentir et goûter intérieurement”, une aide pour l’expérience des Exercices spirituels (texte original en espagnol).

[2] « Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.”, Symbole dit de Nicée-Constantinople (crédo).

[3]  « Alourdis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, aveugle ses yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri. »




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