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La crèche et la paroi – Méditation du jeudi 5 décembre 2024

No 88 – série 2024-2025

Évangile du jeudi 5 décembre 1ère Semaine de l’Avent

Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions

« Pour entrer dans le royaume des Cieux, il faut faire la volonté de mon Père » (Mt 7, 21.24-27)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »

Méditation – La crèche et la paroi

Une foi rocheuse, rocailleuse, solide qui fait montagne avec soi. La Parole de ce matin n’a rien de lisse ni de superficielle. Pour tenir dans le glissement intérieur de nos terrains et de nos valeurs, il faut s’accrocher. Encore faut-il avoir une paroi, un roc, une prise solide sinon l’écroulement sera complet. Pas seulement l’effondrement du corps bâti à coups d’efforts, de mérites et d’épuisement, mais aussi l’écroulement de nos fausses croyances. Croire faussement dans la justice d’un monde exclusivement humain, dans la valeur d’une personne mesurée uniquement par des humains, dans la bonté d’un monde réduite aux réussites humaines. Dieu, pourquoi faire ? selon la formule du théologien québécois, Jean-François Gosselin (Sur la voie du désir… Dieu, Médiaspaul, 2024). Théologie en exil, perte des repères anthropologiques en humanité, effacement consenti de Dieu. La foi, l’espérance et la charité ont certainement une nature rocheuse et inébranlable par les temps qui courent, ces temps dépassés par tant de violence.

Autour de moi, j’observe la désespérance qui s’infiltre dans les cœurs et le regard. Je m’excuse presque de ressentir une joie racineuse et forte qui provient de la poigne du Christ sur mon âme. L’espérance n’est pas destinée à se déployer dans le paisible. L’Avent nous le rappelle aisément : un voyage éreintant traversant un monde d’esclaves et d’oppression, une grossesse à terme qui n’a que la paille, le crottin d’une étable et l’humilité d’un Joseph pour l’accueillir. L’espérance comme la foi s’affranchissent quand l’espoir s’étiole. Plus de place nulle part, impossible d’accéder au minimum de décence et de salubrité pour accoucher. Aucune aide assurant la santé de la mère et de l’enfant, dans le froid et la saleté.  Ce sont plutôt des mains tremblantes et des genoux pliés qui seront à leur côté. Ce sont l’humilité et la confiance inébranlable qui mettront au monde l’Amour. Dans sa nouveauté, dans un autrement jamais imaginé, Joseph deviendra sage-femme en plein cœur d’une pauvreté glorieuse et d’une fragilité pierreuse.

L’espérance n’est pas un recadrage de l’inacceptable ou de l’irréparable, la foi n’est pas de la fibre du déni, de l’optimisme ou de la résignation. L’espérance comme la foi sont tissées dans la mémoire, appartiennent au bois de la croix et à la dureté de la crèche. La foi pierreuse de l’Avent en ce monde qui vacille nous rappelle qu’il n’y a rien en notre Histoire, la petite comme la grande, que nous avons déjà affronté, et auxquels nous avons survécu. Depuis l’effondrement de notre faux système de salut, jusqu’à l’écroulement de nos sécurités jusqu’à la perte d’un vivre-ensemble digne et bon à travers les guerres et les exploitations.  Avec les dons et les grâces de Dieu comme autant de cailloux blancs parsemant le chemin obscurci de notre humanité, la naissance de l’Amour se perpétue en dépit de la violence immémoriale. Alors que la terre tremble sous nos pas, alors que la crèche souillée indispose, avoir la foi, nous dit Jean-François Gosselin, c’est avoir foi en Celui qui donne foi en soi. Comme le souci de Joseph en plein travail de naissance, avoir la foi, c’est accueillir puis incarner une annonce sans preuve. C’est devenir crèche et paroi au cœur des écroulements. Devenir crèche et paroi par cet Autre qui engendre et qui assure l’espérance qui nous lie et délie du mal.

Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org




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