No 193 – série 2024-2025
Évangile du jeudi 3 avril – 4e semaine de Carême
Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions
« Votre accusateur, c’est Moïse, en qui vous avez mis votre espérance » (Jn 5, 31-47)
En ce temps-là, Jésus disait aux Juifs : « Si c’est moi qui me rends témoignage, mon témoignage n’est pas vrai ; c’est un autre qui me rend témoignage, et je sais que le témoignage qu’il me rend est vrai. Vous avez envoyé une délégation auprès de Jean le Baptiste, et il a rendu témoignage à la vérité. Moi, ce n’est pas d’un homme que je reçois le témoignage, mais je parle ainsi pour que vous soyez sauvés. Jean était la lampe qui brûle et qui brille, et vous avez voulu vous réjouir un moment à sa lumière. Mais j’ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir ; les œuvres mêmes que je fais témoignent que le Père m’a envoyé. Et le Père qui m’a envoyé, lui, m’a rendu témoignage. Vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face, et vous ne laissez pas sa parole demeurer en vous, puisque vous ne croyez pas en celui que le Père a envoyé. Vous scrutez les Écritures parce que vous pensez y trouver la vie éternelle ; or, ce sont les Écritures qui me rendent témoignage, et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! La gloire, je ne la reçois pas des hommes ; d’ailleurs je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu. Moi, je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; qu’un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous le recevrez ! Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? Ne pensez pas que c’est moi qui vous accuserai devant le Père. Votre accusateur, c’est Moïse, en qui vous avez mis votre espérance. Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c’est à mon sujet qu’il a écrit. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? »
Méditation – Hardiesse, la vertu des petits matins
Dans l’extrait de ce matin, l’exhortation du Christ à le croire interpelle l’espérance en ce monde. Un monde où le raisonnable confond la foi et la crédulité, où le rationnel doit divorcer, peut-être malgré lui, de l’espérance malgré l’enjeu du pari. Dernièrement, je lisais que l’espérance est le désespoir surmonté. Sous l’inspiration de Bernanos, le théologien Jacques Lison souligne qu’il fallait avoir désespéré de ses illusions pour entrer dans l’espérance comme une seconde aurore au bout d’une nuit sans fin. Nous sommes perchés sur la corniche de notre faux système de salut édifié à coups de blessures, de traumas, de mécanismes de défense et de nœuds relationnels qui préservent le fabriqué, la sécurité et le raisonnable même désespérant en nos vies. Perchés de si haut, la chute s’annonce vertigineuse lorsque le factice, le mal et le péché se dissolvent et se dérobent sous nos pieds. Puis, le Christ interpelle, et un moment de vacillement survient. La charité, le service et l’affairement se dévoilent comme un saut consenti dans le vide de la confiance, dans l’irrationnel de l’espérance. Nous sommes appelés courageusement à demeurer avec ce Dieu fragile qui se tient au lieu des blessures, à s’abandonner audacieusement dans les bras amoureux de ce Dieu caché, se mouvant dans les pauvretés visibles et invisibles.
Ces instants de courage comme le temps de l’audace afin que le croire mute en horizon, afin de porter l’espérance pour ce monde si désespéré relèvent d’un héroïsme si humain qu’il en est profondément divin. Pour croire en ce Jésus, crucifié et salut, face aux contemporains comme devant les Romains, il faut certainement du courage et l’audace mais il faut, chaque matin pour chaque demain, de la hardiesse. Vertu de l’espérance, cri du croire en l’amour, c’est celle qui habite le premier cri du nouveau-né, c’est elle encore qui pousse à aimer jusqu’à se donner tout entier. La hardiesse de croire, chaque matin, en une Bonté espérée et promise. Une Bonté sans visage, libératrice, dérobée à la raison et aux sens et que l’on redécouvrira le lendemain.
Pour le frère François Cassingena-Trevedy, la hardiesse est la vertu fondamentale, je la crois constitutive du croire, ce cri conscient et consenti de l’espérance souterraine et quotidienne. Il nous rappelle que la hardiesse est « Si fondamentale même, qu’il ne faut s’en départir jamais. Au vrai, c’est en tout, pour tout, dès le début de tout qu’il est nécessaire de se montrer hardi. Cette vertu-là s’attache au petit matin qui préface chaque acte de notre vie, et que notre vie tout entière n’a de cesse de mettre au jour : elle est à la fois la forme la plus ordinaire de l’héroïsme et l’héroïsme que réclame, à longueur de vie, la mise en œuvre de l’ordinaire lui-même. Elle entreprend moins du nouveau qu’elle ne rend nouveau tout ce qu’elle entreprend (Propos d’altitude,2022, p. 69).
C’est dans la gloire des petits matins et de l’ordinaire que nous croyons en celui qui a la parole de la vie vivante. C’est dans la hardiesse de l’espérance portée pour les autres et pour ce Dieu à naître que nous enfanterons, dans l’héroïsme et l’ordinaire, un Royaume de petits matins, dont l’espoir sera sans cesse renouvelé.
Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org

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