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Le Petit reste – Méditation du jeudi 13 février 2025

No 144 – série 2024-2025

Évangile du jeudi 13 février 5e semaine du temps ordinaire

Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions

« Les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » (Mc 7, 24-30)

En ce temps-là, Jésus partit et se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache, mais il ne put rester inaperçu : une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit : « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle.

Méditation – Le Petit reste

La Parole de ce matin est aussi bousculante que bouleversante. Nous sommes témoins d’un Jésus trop humain, avec sa condescendance et son manque de conversion, dans la brusquerie de sa réponse. Affamé, fatigué, irrité ? Toutes ces hypothèses profondément humaines sont acceptables, raisonnables, compréhensibles ou attendues. Voilà qui manque de divin et ressemble terriblement à ce que nous sommes lorsque la miséricorde devient essoufflante, lourde à porter ou fait défaut. Le divin, la grâce comme la miséricorde, n’a rien de raisonnable, de compréhensible ou d’attendu. Un peu comme l’enfance, et en tous points comme l’enfance spirituelle qui rend digne du Royaume. Cependant, en ces temps déchirés, les nôtres comme ceux des contemporains du Christ, la grâce comme la miséricorde ne sont guère acceptables. Pardonner l’impardonnable semble du ressort d’un Dieu qui n’a rien d’humain ou qui a tout de l’enfant.

Les miettes… qu’a donc saisi Jésus alors rempli de la foi mendiante de cette mère qui s’abandonne ? Les miettes, destinées au petit reste comme les petits chiens qui traînent, salissent et que l’on chasse. Fixant ces miettes qui jonchaient le sol sous la table, Jésus a-t-il vu le cœur brisé et universel de l’humanité, le seul qui sache vraiment aimer ? Jésus a-t-il vu l’émiettement de nos fausses croyances devant son amour qui nous embrase, nous réduisant en braises ardentes brûlant au feu d’une croyance unique, d’une miséricorde incarnée, d’une enfance comme un ciel porté ? L’amour qui remus, disloque, ressuscite, ne peut être ni monolithique ni froid.

Les miettes, l’option préférentielle pour les pauvres, les humbles et les doux de cœur comme ces trois femmes éplorées au pied de la croix, ces foules hagardes comme un troupeau sans berger, ces premières communautés chrétiennes bigarrées, tentant de s’organiser pour transmettre la vie et l’éternité persécutées.

Comment cet émiettement l’a-t-il saisi pour qu’il se reconnaisse, en toute humilité, conversion et chemin ? Entre les enfants qui reçoivent le pain de vie et les chiots qui mendient, il y a le petit et le reste. Le petit comme dans le Dieu enfant dont la grandeur est dans la pureté du cœur. C’est là le message renversant des béatitudes où le plus petit est le plus grand et l’enfance évangélique signifie une rupture libre et déterminée pour les pauvres, les humiliés, les éplorés, les persécutés et autres cœurs émiettés dont nous partageons le palpitement. Ces cœurs émiettés qui sont le levier unique de la miséricorde et le ressort de la conversion, ne forment-ils pas le reste, ceux en marge, à l’écart, les incapables et les inaptes ? Et qui sauve qui dans notre histoire comme dans la parabole ?

En guise de réponse, le père Simon-Pierre Arnold m’invite dans son désir et dans mon besoin de foi égrainée, fertile :

J’ai le profond désir de repartir à la recherche de cette trace avec toute l’Église invitée à la conversion du Dieu « enfant » et donc universel. Notre réalité historique de marginalité dans le monde d’aujourd’hui est une invitation irrésistible à en revenir au témoignage fondateur d’un petit reste, perdu dans la masse pour la féconder, non pour la conquérir, ni même pour la convaincre (Nuit de Nicodème, 2024, p. 99) ».

Quand le cœur brisé d’un enfant Dieu rencontre l’émiettement du mien et du tien, c’est alors que nous devenons féconds, c’est alors que nous percevons les doux battements du Royaume.

Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org




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