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Sa Parole de Source coule en nous – Méditation du dimanche 16 février 2025

No 147 – série 2024-2025

Évangile du dimanche 16 février 6e dimanche du temps ordinaire

Tiré du Prions en Église et pour les personnes qui voudraient s’abonner au Prions

« Heureux les pauvres ! Quel malheur pour vous les riches ! » (Lc 6, 17.20-26)

En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.
Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

Méditation – Sa Parole de Source coule en nous !

Dans cette proximité où Jésus se place avec nous, Il vient nous rejoindre dans la recherche de bonheur qui nous habite profondément. Ce qu’il nous dit est en contraste avec tous ces marchands de bonheur qui savent bien tirer profit du manque dont nous faisons l’expérience de toutes sortes de manières. Ces manques sont souvent exacerbés par les difficultés que nous vivons : une fatigue, une journée difficile… il en faut bien peu pour que notre espérance, notre confiance et notre amour se refroidissent…

Dans le difficile de la vie, notre quête peut chercher refuge dans des mirages, des illusions, des réalités qui ne sont que fumée, qui miroitent comme des bulles de savon, dont la consolation reste bien éphémère, malgré toutes les promesses que nous y avions déposées. L’expression « quel malheur » dans la bouche de Jésus n’est d’ailleurs pas une malédiction, mais bien un cri de deuil… C’est l’expression de la tristesse qu’il éprouve à nous voir vivre en cercle fermé, dans une autosuffisance où s’asphyxient notre capacité de relation et notre vitalité.

Les béatitudes ne sont pas une exhortation morale, et encore moins une glorification de la misère et du malheur. Elles donnent le « diapason » qui révèle le passage de la Source.

La Parole du Christ dessine le paysage intérieur à travers lequel la Source se manifeste. La vie de Jésus elle-même sera révélatrice de cette Source…

  • Pauvre, Il se vit dans le don sans réserve de lui-même, et n’a pas d’endroit où reposer la tête[1]
  • Refusant de transformer les pierres en pain[2], sa vie, sa parole et ses gestes ont exprimé cette faim profonde de notre bonheur. Alors qu’il était fatigué au puits de Jacob et que les disciples étaient allés chercher de la nourriture, il dérouta ses disciples en leur exprimant qu’il avait déjà été nourri à travers sa rencontre avec la Samaritaine.[3]
  • Il a pleuré sur Jérusalem alors qu’Il avait tout fait pour la rassembler, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes.[4]
  • Cette fidélité à nous aimer jusqu’au bout le conduira aussi au rejet, à la croix et à la mort.

Lors du déluge du Saguenay en juillet 1996, au Québec, des maisons entières avaient été emportées par les rivières gonflées par les pluies diluviennes… Des dégâts pour 1 milliard de dollars, des personnes décédées, des terres agricoles emportées, des effondrements de terrain, des digues et des barrages qui ont cédé… S’il est vrai que les pluies exceptionnelles avaient contribuées aux dégâts, l’enquête révélait aussi que l’homme avait aidé la nature en détournant, au fil du temps, les rivières de leur lit. Sous la crue subite des eaux, amplifiées par le drainage des terres, les rivières avaient simplement retrouvé leur lit naturel initial. Le passage des flots avait dénudé le roc des origines, ce roc ensablé par tant d’ajouts éphémères… Les eaux avaient emporté l’artificiel sur lequel reposait ce qui avait été construit : le lit originel était dévoilé.

Nous pouvons nous refuser à ce dévoilement en choisissant de continuer d’ensabler notre vie, par les artifices de ce monde. Il ne manque pas de publicités pour faire la promotion de la consommation, des distractions, des sensations et du plaisir… La recette est vieille : du pain et des jeux !

Mais pour qui a vécu la désillusion de ces mirages, le passage de la Source sur le roc dénudé de notre être, se fait murmure. La vie perd sa voix si elle ne se laisse pas traverser par la Source… elle se tait si la Source n’est pas accueillie et donnée au creux du mystère de nos vies. C’est le propre de la Source de pouvoir dégager le profond de notre être de tout ce qui l’a ensablé.

Et voilà qu’à travers le passage de la Source en nous, le murmure du Christ se fait entendre…

Un murmure de pauvreté qui nous ouvre le cœur à ce que Dieu veut faire en nous…

Un murmure de faim où respire notre désir profond et où le visage de l’A(a)utre trouve un reposoir…

Un murmure silencieux où nos larmes communient à la Source…

Un murmure de témoignage où l’étrangeté de ce que nous devenons suscite l’incompréhension et l’opposition, sans même que nous soyons partis en prosélytes de nos convictions… La source qui cascade sur le roc dénudé n’a pas besoin de faire de leçon au sable pour le démasquer…

Mais voilà, nous avons besoin de sa Parole pour nous donner de nous apprivoiser avec le mystère de ce qui nous creuse. S’il est vrai qu’il nous est donné d’entendre parfois le murmure de la Source qui nous traverse pour nous révéler que nous sommes aimés et sauvés, nous demeurons dans cette fragilité de nous vivre creusé et dépouillé. Devant la marche du monde, devant le bruit de tant de chemins de compensation et d’évitement de soi et des autres, devant nos enfants, nos communautés, l’être malade, la souffrance, la personne à accueillir, les événements à traverser… nous sentons notre impuissance alors même que notre présence est appelée… Nous nous sentons pauvres, affamés, touchés jusqu’aux larmes et à contre-courant… Et nous voilà sur les pas du Christ !

Nous vivons dans le secret d’une Source qui a franchi la mort pour nous oxygéner de résurrection !

Au cœur de notre être, une Source vient cascader pour ce murmure où sa Présence nous parle et nous façonne à sa ressemblance.

Alors, au son de sa Parole, même en boitant, s’éveillent nos pas à sa suite. Et si du sable demeure encore dans nos chaussures trouées, son pardon transformera ce sable en poussière d’étoiles!

Sa Parole de Source coule en nous !

Paolo Maheux – maheux.paolo@gmail.com


[1] Lc 9, 58

[2] Mt 4, 3

[3] Jn 4, 32

[4] Mt 23, 37




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